Fiche · Province des Phosphates

Torbernite

Le phosphate d’uranium et de cuivre en lamelles vert émeraude, cousin de l’autunite dont il partage la structure de « mica d’uranium » — mais que sa teinte franche et son absence de fluorescence trahissent au premier regard.

Torbernite, cristaux tabulaires vert émeraude de phosphate d'uranium et de cuivre
Photo : Bionerd, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Torbernite

Phosphate hydraté d’uranium et de cuivre · Cu(UO₂)₂(PO₄)₂·8-12H₂O

Province
Phosphates
Formule
Cu(UO₂)₂(PO₄)₂·nH₂O
Système
Quadratique
Dureté
2 à 2,5 / 10 — échelle de Mohs
Couleur
Vert émeraude à vert herbe · trace vert pâle
Éclat
Vitreux à nacré · transparent à translucide
Gisements
Cornouailles (Angleterre), Sabugal et Viseu (Portugal), mine de Margabal, Aveyron (France), Schneeberg (Allemagne), Katanga (R.D. Congo), Utah (États-Unis)

À ne pas confondre avec — l’autunite, son homologue au calcium : celle-ci tire vers le jaune-vert et brille d’une fluorescence intense sous ultraviolets, tandis que la torbernite reste d’un vert franc et ne fluoresce pas, le cuivre éteignant l’émission. On la sépare aussi de la malachite, carbonate vert qui, lui, effervesce à l’acide, et de la libéthénite, plus dure.

✦ Le saviez-vousElle doit son nom au chimiste suédois Torbern Olof Bergman (1735-1784) : c’est Abraham Gottlob Werner qui la baptisa ainsi en 1793. Ses cristaux carrés, empilés comme les feuillets d’un mica, lui valent le surnom de « mica d’uranium » — un mica qui, sous le compteur Geiger, se met à crépiter.
Le mica de cuivre radioactif

Un vert d’uranium né de l’altération

La torbernite est un phosphate hydraté d’uranium et de cuivre, de formule Cu(UO₂)₂(PO₄)₂·8-12H₂O. Elle cristallise dans le système quadratique en lamelles carrées, plates et brillantes, empilées les unes sur les autres à la manière d’un mica — d’où son surnom de « mica d’uranium » ou « mica de cuivre ». Sa couleur, d’un vert émeraude à vert herbe profond, et son clivage parfait la rendent immédiatement reconnaissable dès qu’on la pose dans une vitrine.

C’est un minéral typiquement secondaire. Elle ne se forme pas directement dans la roche en fusion, mais naît de l’altération : dans la zone oxydée des gisements d’uranium qui contiennent aussi du cuivre, les eaux de surface attaquent des minéraux primaires comme l’uraninite et redistribuent l’uranium, le phosphore et le cuivre. Ces éléments se recombinent alors en fines croûtes de torbernite qui tapissent les fissures, les surfaces de granite ou les épontes de filons, souvent en compagnie de l’autunite, de la malachite ou d’autres phosphates d’uranium.

Sa géographie épouse celle des vieux socles granitiques uranifères. Les Cornouailles anglaises en ont livré des cristaux historiques, extraits jadis des mines d’étain et de cuivre. Le Portugal, autour de Sabugal et de Viseu, et le Massif central français, notamment la célèbre mine de Margabal dans l’Aveyron, comptent parmi les localités les plus prisées des collectionneurs. On la trouve encore à Schneeberg, dans l’Erzgebirge allemand, dans le Katanga congolais riche en uranium et en cuivre, ou dans l’Utah américain.

Son nom rend hommage à un savant. C’est en 1793 qu’Abraham Gottlob Werner, le grand minéralogiste de Freiberg, la dédia à Torbern Olof Bergman, chimiste et naturaliste suédois de l’université d’Uppsala. Le minéral rejoignit ainsi la longue lignée des espèces baptisées d’après les hommes de science, à côté de son homologue calcique décrit un peu plus tard, l’autunite.

Plusieurs traits la distinguent de cette voisine. Là où l’autunite s’embrase d’un vert citron sous la lampe à ultraviolets, la torbernite, elle, demeure sombre : le cuivre qu’elle contient éteint la fluorescence de l’ion uranyle. Cette absence de réponse aux UV est justement l’un des meilleurs moyens de les départager sur le terrain. Pour le reste, la torbernite partage la tendreté extrême des micas d’uranium — 2 à 2,5 seulement sur l’échelle de Mohs — et se raye à l’ongle, avec un clivage basal parfait qui la débite en feuillets.

Elle est aussi fragile chimiquement. Riche en eau, elle se déshydrate lentement à l’air sec et se transforme en métatorbernite, une variété plus pauvre en molécules d’eau, d’un vert plus terne et plus opaque, qui a perdu une partie de l’éclat des cristaux frais. Les collectionneurs conservent donc leurs spécimens à l’abri de la chaleur et des variations d’humidité, afin de préserver le brillant nacré et la transparence des lamelles.

Surtout, la torbernite est radioactive, puisqu’elle renferme de l’uranium. Elle n’est pas un minerai que l’on exploite pour lui-même — ce sont l’uraninite et la pechblende qui fournissent l’uranium industriel — mais sa présence, verte et voyante, a longtemps servi d’indice aux prospecteurs : là où affleure la torbernite, l’uranium n’est pas loin. Les amateurs la manipulent avec les précautions d’usage des minéraux uranifères : boîtes fermées et ventilées, pas de poussière inhalée ni de radon accumulé, et lavage des mains après toute manipulation. Ce n’est en aucun cas une pierre à porter, à tailler en bijou ou à immerger.

Reste sa beauté, qui explique tout l’intérêt qu’on lui porte. Les plaques de cristaux vert émeraude, bien détachés sur une gangue claire de quartz ou de granite, figurent parmi les spécimens uranifères les plus recherchés des vitrines. Entre l’objet d’étude, le témoin géologique d’une minéralisation d’uranium et la pièce de collection que l’on protège de l’humidité, la torbernite illustre à merveille la fascination — prudente — qu’exercent les minéraux radioactifs.

La torbernite n’a aucune tradition sérieuse en lithothérapie, et pour cause : les quelques vertus qu’on lui prête parfois relèvent de croyances, sans le moindre fondement scientifique, et aucune ne saurait justifier de porter au contact de la peau un minéral radioactif. Cette fiche s’en tient à sa minéralogie et à sa conservation ; pour toute question de santé, seul un professionnel qualifié est compétent.

Questions du voyageur

La torbernite est-elle radioactive et dangereuse ?

Oui, elle contient de l’uranium et émet un rayonnement. Un petit spécimen bien conservé se manipule avec précaution : boîte fermée et ventilée, pas de poussière inhalée, lavage des mains après contact. On évite absolument de la porter, de la tailler en bijou ou d’en faire des « élixirs ».

Comment la distinguer de l’autunite ?

La torbernite est d’un vert franc à émeraude et ne fluoresce pas sous ultraviolets, car le cuivre éteint l’émission. L’autunite, au calcium, tire vers le jaune-vert et brille d’un vert citron intense sous UV. Cette différence de fluorescence est le test le plus simple pour les départager.

Pourquoi l’appelle-t-on « mica d’uranium » ?

Parce que ses cristaux quadratiques, plats et carrés, s’empilent en feuillets et se clivent parfaitement, exactement comme les lamelles d’un mica. Ce n’est pas un vrai mica au sens chimique, mais un phosphate d’uranium et de cuivre : le surnom décrit son habitus, pas sa composition.

A-t-elle des vertus en lithothérapie ?

Non : aucune tradition établie ne lui reconnaît de vertu, et sa radioactivité interdit tout usage porté. C’est un minéral de collection et d’étude, à conserver et manipuler avec les précautions propres aux minéraux uranifères. En matière de santé, seul un professionnel qualifié peut vous conseiller.

Une torbernite pour la vitrine ?Cristaux et pièces de phosphates, naturels et vérifiés.

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Sources : Mindat · Wikipédia.

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Le Grand Atlas — l’atlas vivant du règne minéral · Réseau KEVALEX