Scorodite
L’arséniate de fer hydraté des chapeaux de fer — cristaux bleu-vert à bleu profond, vitreux et fragiles, nés de l’altération de l’arsénopyrite, dont le nom trahit une odeur d’ail : la signature de l’arsenic.

Scorodite
Arséniate de fer hydraté · FeAsO₄·2H₂O
- Province
- Phosphates (arséniate)
- Formule
- FeAsO₄·2H₂O
- Système
- Orthorhombique
- Dureté
- 3,5 à 4 / 10 — échelle de Mohs
- Couleur
- Bleu-vert, bleu, vert, brun ou gris · trace blanche
- Éclat
- Vitreux à résineux · translucide
- Gisements
- Tsumeb (Namibie), Ojuela à Mapimí (Mexique), Hezhou dans le Guangxi (Chine), Cornouailles (Angleterre), Laurion (Grèce)
À ne pas confondre avec — la turquoise, bleue elle aussi mais bien plus dure et phosphatée de cuivre, la pharmacosidérite, autre arséniate secondaire mais cubique, et l’olivénite verte : la scorodite se distingue par sa faible dureté, sa fragilité et l’odeur d’ail qu’elle exhale à la chaleur.
L’arséniate qui piège le poison
La scorodite est un arséniate de fer hydraté de formule FeAsO₄·2H₂O, la plus répandue et la plus recherchée des « fleurs d’arsenic ». Orthorhombique, elle forme des cristaux bipyramidaux ou tabulaires, souvent nets et brillants, mais aussi des croûtes, des encroûtements et des masses terreuses. Sa couleur va du bleu-vert au bleu profond, parfois violacé, avec des teintes vertes, brunes ou grises. Tendre (3,5 à 4 sur l’échelle de Mohs), fragile et d’éclat vitreux, elle doit sa couleur au fer et son existence à l’altération des minéraux d’arsenic.
La scorodite est un minéral typiquement secondaire. Elle naît dans la zone d’oxydation des gisements riches en arsenic, là où l’arsénopyrite (FeAsS) et d’autres sulfarséniures s’altèrent au contact de l’eau et de l’air. Ces « chapeaux de fer » colorés en surface la voient cristalliser en compagnie de la pharmacosidérite, de la beudantite, des oxydes de fer et d’autres arséniates. On la rencontre aussi, plus rarement, en croûtes précipitées autour de sources chaudes et dans certaines fumerolles.
Quelques localités ont donné des scorodites d’exception. Tsumeb, en Namibie, en a livré de rares cristaux transparents d’un bleu saphir, considérés parmi les plus beaux du monde. La mine Ojuela, à Mapimí au Mexique, produit de belles plaques bleues ; le district de Hezhou, dans le Guangxi chinois, a fourni des cristaux d’un bleu vif éclatant, nets et brillants, qui ont renouvelé l’intérêt des collectionneurs. Les vieilles mines de Cornouailles, le Laurion grec ou l’Allemagne complètent la carte des gisements historiques.
Le nom de la scorodite raconte à lui seul sa chimie. Il dérive du grec skorodon, « ail » : lorsqu’on la chauffe, elle exhale une odeur alliacée caractéristique, celle de l’arsenic qui se volatilise. Cette signature olfactive, connue de longue date, servait autrefois à identifier les minéraux arséniés sur le terrain, au chalumeau du minéralogiste.
Au-delà de sa beauté, la scorodite occupe aujourd’hui une place inattendue dans l’industrie et l’environnement. Parce qu’elle est relativement stable et peu soluble, elle constitue la forme sous laquelle l’arsenic peut être immobilisé durablement. On produit ainsi, dans certaines usines métallurgiques, de la scorodite de synthèse pour fixer l’arsenic contenu dans les résidus miniers et l’empêcher de contaminer les eaux — le minéral naturel a inspiré une véritable technologie de dépollution.
Ce rôle rappelle que la scorodite est un minéral d’arsenic, et donc toxique. On la manipule avec précaution : sans la lécher, sans en respirer la poussière ni la tailler à sec, en se lavant les mains après manipulation et en la conservant hors de portée des enfants. Elle demande aussi un peu de soin de conservation, car certaines scorodites terreuses peuvent lentement s’altérer ; on les garde au sec, à l’abri d’une humidité excessive.
Sur le terrain, la scorodite se reconnaît à sa couleur bleu-vert, à son éclat vitreux, à sa faible dureté qui la fait rayer à l’ongle d’acier, et à l’odeur d’ail qu’elle dégage à la flamme. On la distingue de la turquoise, bleue mais bien plus dure et phosphatée de cuivre, de la pharmacosidérite, cubique, et de l’olivénite, verte et cuprifère. Sa fragilité et son contexte — les zones oxydées des gisements d’arsenic — achèvent de la caractériser.
Belle pièce de collection pour ses cristaux gemmes de Tsumeb et de Chine, symbole minéral de l’arsenic et modèle pour sa dépollution, la scorodite n’a en revanche aucune tradition établie en lithothérapie : c’est un arséniate toxique, non une pierre de soin. Cette fiche relève de la minéralogie et non de la santé ; pour toute question de cet ordre, seul un professionnel qualifié est compétent.
Questions du voyageur
Pourquoi la scorodite sent-elle l’ail ?
Parce qu’elle contient de l’arsenic : chauffée, elle en libère des vapeurs à l’odeur alliacée caractéristique. C’est de là que vient son nom, tiré du grec skorodon, « ail ». Cette odeur servait autrefois à reconnaître les minéraux arséniés au chalumeau.
À quoi sert la scorodite dans l’industrie minière ?
Parce qu’elle est stable et peu soluble, la scorodite est la forme idéale pour immobiliser l’arsenic. On en produit de synthèse afin de piéger l’arsenic des résidus miniers et l’empêcher de polluer les eaux : le minéral naturel a inspiré une technique de dépollution.
La scorodite est-elle toxique ? Peut-on la porter ?
C’est un arséniate de fer : elle contient de l’arsenic et doit être manipulée avec précaution. En vitrine, elle est sans danger, mais on évite de la lécher, d’en respirer la poussière ou de la porter à même la peau ; on se lave les mains après l’avoir touchée et on la tient hors de portée des enfants.
A-t-elle des vertus en lithothérapie ?
Aucune tradition établie ne lui prête de vertu : la scorodite est un arséniate toxique et une pièce de collection, non une pierre de soin. Les propriétés qu’on pourrait lui attribuer relèveraient de la croyance, sans preuve scientifique ; en matière de santé, seul un professionnel qualifié peut vous conseiller.
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