Fiche · Province des Sulfures

Cobaltite

Le sulfarséniure de cobalt des vieilles mines suédoises — cubes d’un blanc argenté teinté de rose, métalliques et lourds, qui comptent parmi les grands minerais du cobalt, ce métal jadis maudit des mineurs devenu stratégique.

Cobaltite, masse métallique gris argenté à reflet rosé, sulfarséniure de cobalt, Gorden Lake, Ontario
Photo : Darla Sondrol / GeoDIL, Wikimedia Commons, CC0 (domaine public)

Cobaltite

Sulfarséniure de cobalt · CoAsS

Province
Sulfures (sulfarséniure)
Formule
CoAsS
Système
Orthorhombique (pseudo-cubique)
Dureté
5,5 / 10 — échelle de Mohs
Couleur
Blanc argenté à gris acier, reflet rosé ou violacé · trace gris-noir
Éclat
Métallique · opaque
Gisements
Håkansboda, Riddarhyttan et Tunaberg (Suède) — classiques, Skutterud à Modum (Norvège), Espanola et Cobalt (Ontario, Canada), Bou Azzer (Maroc)

À ne pas confondre avec — l’arsénopyrite (FeAsS), sa cousine isostructurale mais ferreuse, plus blanche et sans teinte rose, ainsi que la pyrite, plus jaune, plus dure et dépourvue de clivage : la cobaltite se trahit par son reflet rosé, son clivage net et, souvent, l’efflorescence rose d’érythrine qui signale le cobalt.

✦ Le saviez-vousLe mot « cobalt » vient du germanique Kobold, le lutin des mines : les mineurs saxons accusaient ce minerai trompeur, chargé d’arsenic, d’avoir été ensorcelé, car il dégageait des fumées toxiques sans livrer de cuivre.
Le métal des lutins

Le minerai qui a donné son nom au cobalt

La cobaltite est un sulfarséniure de cobalt de formule CoAsS, l’un des principaux minerais de ce métal. Elle cristallise dans le système orthorhombique, mais sous une forme si proche du cube que ses cristaux passèrent longtemps pour cubiques : cubes, octaèdres et pyritoèdres aux faces finement striées, d’un blanc argenté à gris acier teinté de rose ou de violet. Métallique, opaque, moyennement dure (5,5 sur l’échelle de Mohs) et sensiblement lourde, elle laisse une trace gris-noir et possède un clivage net qui, à lui seul, la distingue de la pyrite.

Sur le plan chimique, la cobaltite appartient à la même charpente cristalline que l’arsénopyrite (FeAsS) : le cobalt y remplace le fer, et la structure accueille volontiers un peu de nickel et de fer, si bien qu’il existe des variétés nickélifères et ferrifères aux teintes légèrement différentes. Ce lien de parenté explique pourquoi les deux minéraux se ressemblent tant et se rencontrent souvent côte à côte, dans des associations métalliques complexes.

La cobaltite est un minéral de haute température. Elle se forme dans les filons hydrothermaux profonds, dans les roches métamorphiques de contact et dans certains gisements magmatiques de sulfures de nickel et de cuivre. Elle y voisine avec la skutterudite, la nickeline, la chalcopyrite, l’arsénopyrite et l’érythrine — cette dernière, arséniate de cobalt d’un rose vif, tapisse fréquemment ses surfaces altérées et sert d’indice précieux aux prospecteurs.

Les gisements historiques se trouvent en Suède, à Håkansboda, Riddarhyttan et Tunaberg, dont proviennent les célèbres cubes nets et lustrés recherchés des collectionneurs. La région de Skutterud, à Modum en Norvège, a donné son nom à la skutterudite et fut longtemps exploitée pour le cobalt destiné aux pigments. Le Canada en fournit aussi de beaux cristaux, à Espanola et dans le district de Cobalt en Ontario, tout comme le grand district de Bou Azzer, au Maroc, l’un des rares au monde où le cobalt est extrait comme métal principal.

L’histoire de la cobaltite est indissociable de celle du cobalt lui-même. Dans les mines du massif de l’Erzgebirge, à la Renaissance, les mineurs trouvaient un minerai gris trompeur qui, chauffé, ne livrait aucun métal utile mais des vapeurs d’arsenic nocives ; ils le baptisèrent du nom du Kobold, l’esprit farceur des galeries. Il fallut attendre le XVIIIe siècle et le chimiste suédois Georg Brandt pour isoler le cobalt et comprendre qu’il colorait en bleu profond les verres et les émaux — le fameux bleu de smalt.

Aujourd’hui, la cobaltite garde toute son importance économique. Le cobalt qu’on en tire entre dans les batteries lithium-ion des téléphones et des véhicules électriques, dans les superalliages des turbines d’avion résistants à la chaleur, dans les aimants permanents, dans des catalyseurs et, fidèle à sa longue tradition, dans les pigments bleus des céramiques et des peintures. Cette demande fait du cobalt un métal stratégique, et de ses minerais — dont la cobaltite — des ressources surveillées de près.

Sur le terrain, la cobaltite se reconnaît à quelques indices simples. Sa couleur blanc argenté nuancée de rose, son éclat métallique, sa forme cubique striée et sa dureté modérée la désignent, de même que sa trace gris-noir et son clivage. Chauffée, elle exhale l’odeur d’ail caractéristique de l’arsenic. L’érythrine rose qui la revêt souvent achève de la trahir. On la sépare de l’arsénopyrite, plus froide et plus blanche, et de la pyrite, plus jaune, plus dure et sans clivage.

Il faut enfin rappeler que la cobaltite renferme à la fois de l’arsenic et du cobalt, deux éléments toxiques. On la manipule donc avec soin, sans la lécher ni la tailler à sec, en se lavant les mains après manipulation et en la tenant hors de portée des enfants. Elle n’a par ailleurs aucune tradition établie en lithothérapie : c’est un minerai et une pièce de collection, non une pierre de soin. Cette fiche relève de la minéralogie et non de la santé ; pour toute question de cet ordre, seul un professionnel qualifié est compétent.

Questions du voyageur

Pourquoi la cobaltite est-elle un minerai stratégique ?

Parce qu’elle est l’un des minerais du cobalt, métal devenu essentiel aux batteries lithium-ion, aux superalliages des turbines, aux aimants et aux pigments bleus. La demande liée à l’électronique et aux véhicules électriques a fait du cobalt une ressource surveillée, ce qui maintient l’intérêt pour ses gisements.

La cobaltite est-elle dangereuse à manipuler ?

Elle contient de l’arsenic et du cobalt, deux éléments toxiques. En pièce de vitrine, elle ne présente pas de risque particulier, mais on évite de la lécher, de la tailler à sec ou d’en respirer la poussière ; on se lave les mains après l’avoir manipulée et on la garde hors de portée des enfants.

Comment la distinguer de l’arsénopyrite et de la pyrite ?

La cobaltite a une teinte rosée que n’a pas l’arsénopyrite, plus blanche et purement ferreuse, et elle est souvent recouverte d’érythrine rose. Elle possède un clivage net, contrairement à la pyrite, laquelle est aussi plus jaune et plus dure (6 à 6,5). Chauffée, cobaltite et arsénopyrite dégagent une odeur d’ail, pas la pyrite.

A-t-elle des vertus en lithothérapie ?

Aucune tradition établie ne lui prête de vertu : la cobaltite est un minerai métallique et une pièce de collection, non une pierre de soin — et elle contient de l’arsenic. Les propriétés qu’on pourrait lui attribuer relèveraient de la croyance, sans preuve scientifique ; en matière de santé, seul un professionnel qualifié peut vous conseiller.

Une cobaltite pour la vitrine ?Cristaux et minerais métalliques, naturels et vérifiés.

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Sources : Mindat · Wikipédia.

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Le Grand Atlas — l’atlas vivant du règne minéral · Réseau KEVALEX