Colémanite
Le borate de calcium des lacs asséchés, cristal incolore à couleur de miel né de l’évaporation des déserts — longtemps le premier minerai de bore du monde, arraché à la Vallée de la Mort par des attelages de vingt mules.

Colémanite
Borate de calcium hydraté · Ca₂B₆O₁₁·5H₂O
- Province
- Borates
- Formule
- Ca₂B₆O₁₁·5H₂O
- Système
- Monoclinique
- Dureté
- 4 à 4,5 / 10 — échelle de Mohs
- Couleur
- Incolore à blanc, gris fumé ou jaune miel · trace blanche
- Éclat
- Vitreux à adamantin · transparent à translucide
- Gisements
- Emet, Bigadiç et Kestelek (Turquie), Boraxo Mine et la Vallée de la Mort, Inyo County (Californie, États-Unis), région de Zanjan (Iran), San Bernardino (Italie)
À ne pas confondre avec — l’ulexite (borate fibreux et soyeux, la « pierre de télévision »), la calcite (carbonate qui effervesce à l’acide) et la danburite (silicate de bore bien plus dur) : la colémanite est un borate d’évaporite, tendre, à clivage parfait, qui colore la flamme en vert.
Un cristal de lac asséché devenu minerai stratégique
La colémanite est un borate de calcium hydraté, de formule Ca₂B₆O₁₁·5H₂O, et l’un des minéraux de bore les plus répandus. Elle cristallise dans le système monoclinique en cristaux courts, trapus et brillants, souvent maclés, mais se rencontre le plus souvent en masses granulaires, en géodes tapissées de petits cristaux ou en nodules blanchâtres. Tendre (4 à 4,5 sur l’échelle de Mohs), dotée d’un clivage parfait, elle passe de l’incolore au blanc laiteux, avec de belles nuances gris fumé ou jaune miel quand des impuretés la colorent.
Elle est un minéral secondaire, né de la transformation d’autres borates. Dans les bassins fermés des régions arides, les eaux riches en bore s’évaporent et déposent d’abord du borax et de l’ulexite ; puis, au contact des sédiments calcaires et sous l’effet du temps, ces sels se recombinent en colémanite, plus stable et moins soluble. On la trouve donc dans les dépôts d’évaporites lacustres, intercalée dans les argiles et les marnes des anciens lacs salés.
Cette origine explique sa géographie très particulière : la colémanite n’abonde que là où un climat aride a jadis recouvert un lac de bore. La Turquie occidentale en détient de loin les plus grandes réserves — près de 40 % du bore mondial — autour d’Emet, de Bigadiç et de Kestelek. L’autre grande région historique est la Vallée de la Mort, en Californie, où le minéral fut découvert et où il porte encore la mémoire de la ruée vers le borax.
C’est là, près de Furnace Creek, que l’on repéra en 1884 ces cristaux clairs dans les collines. On les nomma colémanite en l’honneur de William Tell Coleman, propriétaire des « Harmony Borax Works ». Le bore extrait quittait alors le désert sur des chariots tirés par des attelages de vingt mules, parcourant plus de deux cent soixante kilomètres jusqu’au chemin de fer — une image devenue l’emblème du borax américain, jusque sur les paquets de lessive.
Jusqu’à la découverte de la kernite, en 1926, la colémanite fut le principal minerai de bore de la planète. Elle a donc porté, à elle seule, une bonne part de la chimie industrielle du bore avant que d’autres borates plus riches ne la relaient. Aujourd’hui encore, elle reste une source majeure, exploitée surtout en Turquie, où les gisements comptent parmi les plus vastes du monde.
Ses usages sont ceux du bore, discret mais omniprésent. Le premier est le verre : ajouté à la silice, le bore abaisse la dilatation thermique et donne les verres borosilicatés qui résistent aux chocs de température — celui des plats culinaires et de la verrerie de laboratoire. Le même principe vaut pour la laine de verre et la fibre de verre, où le bore entre dans la composition des filaments isolants.
On retrouve le bore de la colémanite dans les émaux et les glaçures céramiques, qu’il rend plus fusibles et plus brillants, dans certains détergents, dans des engrais où il apporte un oligo-élément indispensable aux plantes, et dans une foule de composés chimiques. Un isotope, le bore 10, absorbe fortement les neutrons : on l’emploie dans les barres de contrôle et les protections des réacteurs nucléaires, ce qui donne à ce sel de lac asséché un rôle inattendu au cœur de l’atome.
Sur le terrain, la colémanite se reconnaît à sa compagnie et à quelques essais simples. Elle accompagne l’ulexite, l’inyoïte et la meyerhofferite dans les argiles pâles des anciens lacs. Chauffée à la flamme, elle se délite, gonfle et la colore d’un vert caractéristique — la signature du bore. Son clivage parfait et sa faible dureté la distinguent des carbonates, et son insolubilité dans l’eau froide la sépare des borates plus solubles comme le borax.
Sous la lampe à ultraviolets, certaines colémanites répondent par une fluorescence blanche à jaunâtre, ce qui en fait des pièces recherchées des amateurs de minéraux fluorescents. Les cristaux limpides et bien formés de Turquie ou de Californie, aux faces vitreuses et aux teintes de miel, comptent d’ailleurs parmi les plus beaux borates de collection.
La colémanite n’a aucune tradition établie en lithothérapie : c’est avant tout un minerai industriel et une pièce de vitrine. Sa faible dureté et son clivage la rendent fragile ; mieux vaut la manipuler avec soin, la tenir à l’abri d’une eau qui finirait par la ternir, et se laver les mains après l’avoir touchée, comme tout échantillon minéral. Cette fiche relève de la minéralogie et non de la santé : pour toute question de cet ordre, seul un professionnel qualifié est compétent.
Questions du voyageur
Pourquoi la colémanite est-elle si importante pour l’industrie ?
Parce qu’elle est riche en bore, un élément que l’on retrouve dans les verres borosilicatés résistants à la chaleur, la laine et la fibre de verre, les émaux céramiques, certains engrais et une large part de la chimie du bore. Elle fut, jusqu’aux années 1920, le principal minerai de bore de la planète, et reste aujourd’hui une source de premier plan, surtout en Turquie.
La colémanite est-elle rare ?
Le minéral lui-même n’est pas rare, mais il est géographiquement très concentré : il ne se forme que dans les évaporites d’anciens lacs de bore, en Turquie, en Californie ou en Iran. Les masses granulaires sont communes dans ces gisements ; en revanche, les cristaux limpides, bien formés et de couleur miel, prisés des collectionneurs, sont nettement plus recherchés.
Comment la reconnaître sur le terrain ?
Elle est tendre, à clivage parfait, insoluble dans l’eau froide, et accompagne souvent l’ulexite dans des argiles pâles. Chauffée à la flamme, elle gonfle et colore la flamme en vert — la marque du bore. Certaines pièces réagissent aussi par une fluorescence blanche sous ultraviolets, un indice supplémentaire.
A-t-elle des vertus en lithothérapie ?
Aucune tradition établie ne lui prête de vertu : la colémanite est un minerai et un minéral de vitrine, non une pierre de soin. Fragile et sensible à l’humidité, elle se conserve plutôt qu’elle ne se porte. En matière de santé, seul un professionnel qualifié peut vous conseiller.
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